La psychanalyse se trouve à un moment décisif de croisée des chemins au point d’être sans cesse l’objet de toutes les attaques en provenance du discours capitaliste qui, à la limite, ne la reconnaît que pour la réduire à une forme de psychothérapie aux visées utilitaristes à court terme. Or, la clinique, c’est la confrontation au réel et donc, pour le psychanalyste, la question de savoir ce qu’il peut faire avec cette dimension réelle à laquelle il est confronté. Lacan s’est non seulement interrogé sur la clinique à partir de sa pratique et en faisant retour aux textes de Freud, mais aussi en interrogeant le rapport de la psychanalyse avec la rationalité et la science en général.
La clinique ne se réduit pas à la pratique, ne serait-ce qu’en ceci que la pratique psychanalytique n’a pas besoin d’être éclairée pour opérer. Elle a comme base« ce qu’on dit » dans une psychanalyse.
Notre séminaire « Penser la clinique » a pour objet d’interroger l’expérience de l’analyse mais aussi celle de l’analyste, afin qu’il rende compte de ce que sa pratique a d’incertain, de fragile comme Freud l’a posé dès le début de la psychanalyse. Le savoir qu’il a fait valoir pour soutenir la pratique de l’analyste est le savoir pris sur le bord menaçant - pulsionnel - de l’oubli. Si la psychanalyse était une technique au savoir assuré, l’existence de Freud n’aurait pas le sens qu’elle a pour nous : celui de faire ex-sister une énonciation qui pose un cadre aux impasses du savoir du parlêtre – impasses que nous retrouvons « au carrefour du goût et du désir, c’est-à-dire aux points décisifs dans la perspective du sujet incarné dans la vie » (Charles Melman),
Penser la clinique, ce n’est pas penser ou accumuler l’expérience, car : « le propre de l’expérience est de préparer les classeurs » (Lacan). Bien au contraire, penser la clinique, c’est d’abord entendre que : « tout dans une analyse est à recueillir comme si rien ne s’était par ailleurs établi » (Lacan).
Pourtant, il y a des types de symptôme, une clinique donc, d’avant le discours analytique, dont la fonction est de l’enrichir d’un savoir qu’il ne faut pas laisser tomber. Freud, et plus encore Lacan, se sont référés aux classiques de la psychiatrie. C’est la le sens du « penser » la clinique : ne pas se soutenir de savoirs épinglés à des positions figées, mais « penser » la question d’une façon cohérente avec la conception lacanienne de l’acte psychanalytique.
La clinique freudienne s’est « posée » avec le symptôme hystérique. Et c’est dans les rencontres avec d’autres discours que se produit la clinique psychanalytique. On a l’exemple du permanent aller-retour de Freud et de Lacan pour prélever d’autres discours, d’autres lectures, d’autres perspectives, ce qu’on ne peut pas obtenir de l’enfermement dans un seul discours, toujours en proie à la répétition, à l’habitude, au consensus, qui sont mortels en particulier pour le désir de l’analyste. C’est dans le champ de ces rencontres que nous poserons la question de ce qui fait manque, de sa constitution même et de son rapport au lien social.
Penser la clinique, sera l’occasion d’interroger les textes de Freud et de Lacan, à partir de la définition lacanienne de la clinique psychanalytique : « La clinique psychanalytique, c’est le réel en tant qu’il est l’impossible à supporter. L’inconscient en est à la fois la voie et la trace par le savoir qu’il constitue : en se faisant un devoir de répudier tout ce qu’implique l’idée de connaissance. »
Cette définition nous amènera à penser la clinique selon deux axes : celui de l’expérience au sens que dire que la clinique est le réel en tant qu’insupportable, est une autre façon de dire qu’elle n’est pas une interrogation posée de l’extérieur de l’expérience ; elle est bien au contraire renvoyée à l’expérience la plus intime, celle par laquelle assurément chacun est passé en tant qu’il n’est pas seulement sujet du langage, mais aussi sujet censé faire quelque chose avec ce que le langage implique d’insupportable pour le vivant. Ce sont ces points que Freud a nommés « traumatisme » et qui sont à la racine du symptôme ; celui de la délimitation de ce qu’est la clinique psychanalytique, c’est-à-dire celui de l’impératif éthique qui exige de répudier tout ce qu’implique l’idée de connaissance. Ce n’est pas en prenant le patient comme objet de connaissance que nous pouvons faire une clinique psychanalytique. Sinon, nous sommes bien loin du discours analytique et nous tombons dans la position du psychothérapeute, c’est-à-dire que nous ne pouvons que « prescrire le retour au même » (Charles Melman).
Notre séminaire « Penser la clinique » se proposera donc de montrer dès le commencement qu’il n’y a pas de définition fermée lorsqu’il y a confrontation au réel, qu’il n’y a que des lignes de réponse, différentes, parfois antinomiques, qui méritent d’être confrontées entre elles - pour ne pas réduire une fois de plus la psychanalyse et sa clinique à une orientation unique, qui l’éloignerait du nouage du désir de l’analyste à « l’impossible de supporter ».
Les textes de Freud et de Lacan, les témoignages de la pratique analytique, voire de la présentation de malades, nous permettront de frayer ces chemins, et de poser la question de l’articulation du singulier avec le différent, de la théorie avec l’expérience, et d’une cure avec sa reconstruction topologique.
« Penser la clinique », c’est se rappeler que : « dans l’inconscient, qui est moins profond qu’inaccessible à l’approfondissement conscient, ça parle ». L’inconscient est matière peu propice à savoir. Et pourtant, tout ce que nous savons en dépend. Il nous sait, et nous n’arrivons jamais à le savoir. Et pourtant, quelque chose nous est donnée à savoir par les voies de la clinique et qui nous rappelle au fait que les symptômes cessent dès qu’on en sait le sens.
Le séminaire de 1967-1968, L’Acte psychanalytique, nous servira de « texte » pour, d’une part, « penser la clinique » en fonction de la référence topologique qui lui appartient et lui donne consistance dans le réel, d’autre part, pour dissiper le mirage des « nouvelles cliniques » qui s’inscrivent dans la clinique des normes et non de la loi (Foucault).
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CALENDRIER
Les séances ont lieu le jeudi soir de 19h à 21h Amphi 6 Pôle St-Jean d'Angely, 25 avenue des Diables bleus 06300 NICE
jeudi 8 octobre:
Roland Meyer (Psychanalyste Nice) Clinique(s)
Jean-Louis Rinaldini (Psychanalyste Nice) Peut-on penser la clinique comme subversion de la prolétarisation actuelle des esprits?
jeudi 22 octobre:
Daniel Cassini (Psychanalyste Nice) L'idiot de village
jeudi 5 novembre:
Stoian Stoïanoff (Psychanalyste Nice) L'hystérie comme mode de défense de la normalité psychotique
jeudi 19 novembre:
Elisabeth de Franceschi (Psychanalyste Nice) Y a-t-il une "nouvelle clinique"?
jeudi 3 décembre:
Elisabeth Blanc (Psychanalyste Nice) La violence de l'Acte
Georges Froccia (Psychanalyste Nice) Violence dit-elle
jeudi 17 décembre:
Zaïneb Hamidi (Psychologue Nice) Entre psychologie et psychanalyse: peut on faire acte des injonctions institutionnelles?
Christine Dura Tea (Psychanalyste Nice) Questions et réflexions sur la clinique dans l'institution
jeudi 14 janvier:
Philippe Kesy (Psychologue clinicien Nice),Thierry Bisson (Psychanalyste Nice Maître de conférence Université de Nice Sophia-Antipolis) Penser la phobie
Frédéric Vinot (Psychologue clinicien Maître de conférence Université de Nice Sophia-Antipolis) Clinique du Samu Social : peut-on parler d'une géographie de la jouissance?
jeudi 28 janvier
Houchang Guilyardi (Psychanalyste Paris) Une nouvelle clinique?
jeudi 11 février
France Delville (Critique d'Art,Psychanalyse Nice) Arden Quin ou l'Acte Poétique MADI comme conscience polygonale dans la psychanalyse argentine en 1945
jeudi 25 février
Michèle Achard (Educatrice spécialisée Nice) Acte psychanalytique acte éducatif
Catherine Mehu (Psychologue clinicienne Nice) Du puzzle à la fresque ou des certitudes éparses à l'art du vide. Entre l’art et la vie : présentation d'un travail sur les processus d’émergence de la créativité dans une clinique groupale
jeudi 11 mars
Jean-Louis Chassaing (Psychiatre Psychanalyste, Chamalières) Qu'est-ce qu'il faut faire?
Du traitement de l'anxiété au repérage de l'angoisse aujourd'hui
samedi 13 dimanche 14 mars
Journées de l'ALI à Marseille
L'unité spirituelle de la Méditerranée est-elle plus essentielle que l'apparence de sa diversité ? Programme
jeudi 1er avril
Siboni Denis (Psychanalyste Nice) La clinique de l'institution
Olivier Lenoir (Psychanalyste Nice) Où passe la lettre? Un facteur: le transfert
jeudi 15 avril
Georges Juttner (Psychiatre Pédopsychiatre Psychanalyste Nice) La nouveauté de la clinique de Françoise Dolto
jeudi 29 avril
Cécile Bonopéra (Psychologue Psychanalyste Nice) Elisabeth Blanc (Psychanalyste Nice) L'acte de Médée
jeudi 6 mai
Georges Froccia (Psychanalyste Nice) Marie-Odile Fievet Cattuti (Psychanalyste Danse Thérapeute Nice) Virginie Cortes (Etudiante en psychologie Nice) Mort, création et clinique psychanalytique